Du funk au maloya
David SamanUn monde sépare le funk et le maloya.
David Saman, qui gravite dans le milieu de la musique depuis une dizaine d’années, est passé de l’un à l’autre au terme d’un long cheminement.
Un beau travail de recherche sur le patrimoine musical de la Réunion, qui a abouti sur la composition d’un nouvel album, “Farinn’ Maloya”.
Racontez-nous, comment vous en êtes venu à la musique ?
C’est une longue histoire ! C’est Alain Dominique qui m’a découvert à l’époque où je travaillais dans les centres de loisirs à Sainte-Marie. Ce monsieur m’a mis sur la route en m’intégrant à son groupe de gospel, Harmony Singers. C’est là que j’ai commencé mon éducation musicale. Ensuite, j’ai monté Vocal Band, on chantait en a capella. Pendant un an, on a fait quelques scènes, jusqu’à ce que je décide de me lancer en solo. J’ai commencé à jouer un peu dans les pubs, les hôtels et mon premier opus, “Question la vie”, est sortie un peu plus tard. J’ai arrêté le a capela pour travailler avec des musiciens. L’album est très éclectique, très varié, ça tourne autour du maloya, du funk...
Pourquoi choisir de jouer plusieurs styles plutôt que de vous positionner sur un genre en particulier ?
Parce que la Réunion est métissée, j’écoute de tout. Au départ, j’ai été très inspiré par toutes les musiques qui nous viennent de l’extérieur. En même temps, je m’intéressais aussi à la musique locale ou encore à la variété française. La fusion de tout ça et le fait que je me cherchais encore ont donné cet album qui comporte plusieurs styles. J’ai voulu toucher à tout.
Vous dites que vous vous cherchiez. Sur quoi ses recherches ont abouti ?
Je pense que dans la vie d’un artiste, il arrive un moment où on se pose des questions. On se dit : “Bon qui je suis ? Où je veux aller ?”. Je me suis de plus en plus intéressé à tout ce qui est local et l’étau s’est resserré progressivement. Je me suis mis à écrire en créole, j’ai commencé à jouer du roulèr, à fréquenter des groupes locaux, des artistes comme Patrick Manent ou encore Manian, j’ai fait les choeurs à droite à gauche. Suite à toutes ces expériences, quelque chose qui n’avait jamais vibré en moi s’est réveillé. Le déclic est venu grâce à Patrick Manent. Il m’a contacté pour me dire qu’il admirait ce que je faisais et il m’a demandé de venir chanter une chanson sur son album. Grâce à cette rencontre, j’ai beaucoup appris. Il m’a énormément apporté !
Sur votre premier album, les chansons sont en français, sur le deuxième, elles sont en créole. Dans quelle langue êtes-vous plus à l’aise pour composer ?
Je ne rencontre pas forcément de difficultés, mais j’ai dû faire un travail en ce qui concerne l’écriture créole, notamment parce qu’il existe plusieurs graphies. Je me suis fait aider par un ami, Elysée Assani. À un moment, il a fallu faire un choix. J’ai lu aussi. Je connaissais déjà l’histoire réunionnaise, mais en fréquentant des personnes qui évoluent dans le milieu du maloya, j’ai appris beaucoup de choses autant humainement que musicalement.
Pour vous, est-ce qu’il est important pour un artiste de connaître l’histoire de son île ?
Ah oui, ça l’est ! La Réunion a connu pleins de moments. Il faut avoir les bases, c’est comme pour le chant, pour tout dans la vie. C’est important de savoir qui on est, et on peut le savoir uniquement quand on connaît notre histoire.
Et c’est tout ce travail de recherche qui vous a inspiré pour votre deuxième album, “Farinn’ Maloya” ?
Oui, exactement, même si j’aborde aussi des thèmes comme le courage, le respect, la solidarité, le partage, l’album a été enrichi de tout ce que j’ai appris lors de mon parcours musical.
La solidarité existe-t-elle vraiment entre artistes ?
Il y a de tout pour être honnête. Je ne sais pas si j’ai eu de la chance, mais sur mon petit parcours, je n’ai croisé que des personnes qui m’ont beaucoup aidé. Quelle a été la plus grosse difficulté dans la réalisation de l’album ? De trouver mon style de maloya parmi tous ceux qui existent déjà, pour pas qu’on me dise que le mien a été copié sur untel ou untel. Trouver ma griffe a été le plus compliqué.
Et pourtant beaucoup vous comparent à Davy Sicard.
(Rires) Oui, on me le dit tout le temps. Je suis habitué ! Même quand je chantais en français, on me confondait avec Davy Sicard. Après, si nos voix se ressemblent, la pas moin l’auteur (rires). L’oreille a besoin de repère. À la première écoute, on peut se dire “Ah ça rappelle Davy Sicard”, mais après plusieurs écoutes, les gens remarquent que les arrangements sont différents, qu’on n’a pas la même approche, qu’on n’aborde pas les mêmes thèmes et qu’on n’a pas le même causé créole.
Vous ne craignez pas que cela vous desserve ?
Non, je ne crains pas ça. Comme je l’ai dit, je suis habitué à cette comparaison et on fait des choses différentes Davy et moi.
“Farinn’ Maloya” est produit par Meddy Gerville. Comment vous êtes-vous rencontrés ?
C’est grâce à mon ami Samuel Henniger. Quand je lui ai expliqué ma volonté de sortir un nouvel album, il m’a soutenu, il m’a dit qu’il allait me mettre en contact avec des gens. Quand la maquette a été terminée, Samuel a pris contact avec Meddy et d’autres personnes pour l’enregistrement. C’est comme ça que j’ai fait sa connaissance.
Est-ce que comme lui, vous aspirez à une carrière nationale ?
Pour moi, il faut penser à se lancer ici et ailleurs. Je suis Réunionnais, je chante du maloya, me faire connaître ici est incontournable. Après oui, notre musique est ouverte, j’aimerais aussi pouvoir l’exporter.
De plus en plus d’artistes se lancent aussi sur la voie de l’exportation : quel est votre plus, le détail qui fait que vous pouvez vous démarquer ?
Mon plus ? (Il sourit) Je ne sais pas. Je n’aime pas trop dire que j’ai un “plus” par rapport aux autres artistes. Il y a tellement de talents ! Je préfère dire que je suis quelqu’un de plus qui vient donne la main pou rale le charrette vers l’avant ! Mais je pense que mon style musical et ma voix peuvent accrocher l’oreille des gens à l’extérieur.
Quel est votre regard justement sur ces jeunes chanteurs qui comme vous se lancent dans une carrière musicale ?
J’en côtoie beaucoup, ça fait plaisir de voir qu’il y a de plus en plus de personnes qui travaillent pour que la musique avance. Il y a des fusions de différents styles, mais l’aspect local est toujours présent. On commence à entendre du rap en créole, c’est plaisant.
D’un point de vue purement commercial, cela vous fait aussi de plus en plus de concurrents.
Ah oui, ça, c’est inévitable. On fait avec. Il faut se dire qu’on est des passionnés. Comme le dirait ma cousine : “La perfection ce n’est pas de faire quelque chose de grand et de beau, mais de le faire avec grandeur et beauté”. Donc, il faut faire la musique avec le cœur, avec passion, après on verra
Gabrielle Boyer
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